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LE FRUIT DEFENDU
La genèse dit que Dieu, après avoir créé la Nature, a créé l'Homme à son image afin de lui offrir les fruits de la flore et la faune, sauf le « fruit défendu ».
Cette croyance est née à peu près aux lieu et temps où des hommes ont inventé la culture et l'élevage et ont ainsi modifié la Nature qui leur était offerte pour en profiter davantage. Ils ont ensuite poursuivi la transformation de toutes les terres qui pouvaient l'être en cultures et en pâturages, modifiant la flore et la faune originelles pour obtenir plus de biens à leur profit. Cela leur a permis de proliférer considérablement plus qu'ils auraient pu le faire s'ils avaient conservé la Nature qui leur avait été offerte.
Ainsi l'Homme, ayant fait disparaître la Nature originelle, s'en est en quelque sorte, chassé.
Mais l'Homme n'a jamais cessé d'inventer des moyens pour modifier la Nature à son avantage. Sa dernière grande invention, qui lui a permis de produire d'énormes quantités d'énergie mécanique à partir de la chaleur a marqué, il y a deux siècles, le début de la « Révolution Industrielle ». L'augmentation de la production des biens et des services a autorisé la multiplication de la population humaine par sept en deux cents ans, mais elle a aussi transformé les pâturages et les fermes familiales en élevages en batterie et en monocultures extensives, désertifié les terres au profit de mégapoles en trois dimensions, modifié la composition de l'air, acidifié les océans, et vraisemblablement amorcé une inexorable montée du niveau des mers.
Les chefs de presque toutes les nations du Monde se sont réunis à Paris et ont décidé de limiter les émissions de gaz à effet de serre pour que l'augmentation de la température moyenne du Globe ne dépasse pas 2°C. Les politiciens qui se sont ainsi engagés savent très bien qu'ils ne seront plus au pouvoir quand leur promesse devra être tenue. Peut-être que les chefs des peuplades qui ont commencé à cultiver la terre et à élever du bétail ont aussi promis que les forêts originelles et la faune qu'elles abritaient ne seraient pas dégradées, mais si c'est le cas, leur engagement est loin d'être honoré. Et d'ailleurs nous continuons, de nos jours, en Amazonie, de dénaturer la forêt originelle.
Il se peut que je me trompe, mais je pense que notre Planète n'échappera pas à l'évolution, pour ne pas dire la dégradation, provoquées par sa surexploitation, qui est elle-même nécessitée par le mode de vie du Monde Occidental qui tend d'ailleurs à se généraliser au reste de l'Humanité, ce qui est tout à fait légitime.
Pour que les émissions de gaz à effet de serre cessent, il faudrait que nous arrêtions de brûler du charbon, du pétrole et du gaz. Dans l'état actuel de nos techniques, cela signifie qu'il ne faut plus voler, ne presque plus rouler, et recharger les batteries tous les 200 km. Quant à la navigation : retour à la voile ! et pour les travaux publics et le bâtiment : retour à la pelle et à la pioche ! Bien sûr, on peut utiliser le nucléaire, comme nous le faisons en France, mais en admettant que cette source d'énergie ne soit pas contestée, elle ne peut (à l'exception des grands navires) que produire de la chaleur ou de l'électricité, et elle ne représenterait (comme actuellement en France) que 80 % de l'électricité, soit 15 % de la consommation totale d'énergie. Quant aux énergies renouvelables, si l'on excepte l'hydraulique, elles sont actuellement moins rentables que les énergies fossiles, et ne satisfont que quelques pour cent des besoins. Si on voulait couvrir toutes nos consommations actuelles par l'éolien, le solaire et le biocarburant, l'électricité coûterait plus cher, mais surtout nous dégraderions notre Planète d'une autre façon. Reste l'espoir de la fusion nucléaire, mais outre que nous ne savons pas si elle sera vraiment rentable, elle ne sera éventuellement opérationnelle que dans quelques décennies.
Il faudrait donc que dans nos pays occidentaux, nous divisions nos consommations d'énergie par, disons cinq ou sept, et que dans le Tiers Monde, même s'ils améliorent leurs conditions de vie actuelles, ce qui serait bien légitime, ils n'ambitionnent pas de vivre comme nous nous vivons actuellement.
Je pense que les responsables politiques sont informés de tout cela, mais que pour ne pas avouer leur impuissance, ils dissimulent aux peuples la réalité de la situation. Par leurs mensonges, auxquels d'ailleurs les populations sont bien heureuses de croire, ils entretiennent le mythe de la préservation de la Nature sans que changent profondément les comportements de consommation. Ces derniers ne changeront donc pas, ou trop peu, et les promesses ne seront pas tenues.
Aussi, plutôt que de s'engager à limiter les émissions de gaz à effet de serre et l'échauffement de la Planète, il vaudrait peut-être mieux accepter l'inéluctable et prendre les dispositions qui nous permettrons de nous y adapter sans trop désagréments : par exemple, prévoir d'élever des digues là où cela s'avérera nécessaire, envisager de cultiver des terres jusqu'ici gelées, mais surtout nous préparer à accompagner les migrations des populations qui ne pourront plus vivre sur leurs terre à cause des modifications que nous infligeons à la Nature par nos comportements de consommateurs boulimiques.
Nous croquons la pomme. Alors acceptons de ne ne plus vivre dans le Jardin d'Eden !
Claude ANTON janvier 2016